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ÉTUDE DE LA COMPOSANTE DE MODÉLISATION DE L’HYDRODYNAMIQUE ET DU TRANSPORT DE SÉDIMENTS AUX FINS


RÉSUMÉ

Nous avons réalisé l’Étude de la composante de modélisation de l’hydrodynamique et du transport de sédiments (« Étude de la composante de modélisation ») aux fins de l’Étude d’impact sur l’environnement (EIE) du pont-jetée de la rivière Petitcodiac conformément au mandat définitif approuvé à cette fin par le Comité de révision technique. L’étude a été conçue et exécutée en application des recommandations antérieures de l’atelier de travail tenu en mars 2002 sur la modélisation de cette rivière et de son estuaire.


L’équipe d’étude AMEC a recouru la modélisation numérique comme étant un des outils prévisionnels pouvant décrire les caractéristiques physiques à prévoir pour la rivière Petitcodiac tant en cas de statu quo qu’avec les « options du projet ». Comme autres moyens employés, mentionnons notamment l’expérience acquise par l’équipe d’étude AMEC du régime des eaux de cette rivière, les interviews menées auprès de gens connaissant bien le passé et l’évolution du cours d’eau, l’analyse de ses caractéristiques et de ses tendances dans le temps et leur projection dans l’avenir, ainsi que les données relationnelles empiriques, et les formulations en hydraulique et génie fluvial. Les prédictions issues de la modélisation numérique se situent au niveau « macro » (données représentatives de tronçons sur le cours d’eau plutôt que de lignes transversales ou de points); elles ont servi de complément aux autres outils prévisionnels à l’origine des conclusions tirées dans le rapport de l’EIE. Les modèles numériques nous ont fourni une résolution nécessaire à cette étude. Ils ne doivent donc pas été exploités dans des travaux de conception.

Pour simuler les conditions régnant dans l’estuaire et initier la modélisation numérique, nous établi des modèles conceptuels (bilan de masse) et préliminaires (nullidimensionnels et unidimensionnels). L’exercice de modélisation numérique s’est ensuite appuyé sur des modèles numériques unidimensionnels et bidimensionnels. Nous avons utilisé les modèles hydrodynamiques GEN1D et TELEMAC-2D et le modèle de transport de sédiments CUMBSED. Dans notre rapport, nous décrivons sommairement les hypothèses d’application de ces modèles à l’estuaire de la rivière Petitcodiac, ainsi que les limites de cette modélisation.

Nous avons réalisé un vaste programme de collecte de données et procédé à une analyse de données chronologiques en relation avec l’Étude de la composante de modélisation. L’étalonnage et la vérification des modèles hydrodynamiques se sont basés sur les événements suivants:

  •   reproduction des niveaux d’eau estimés à l’aide des données sur les marées publiées par le Service hydrographique du Canada pour un cycle de marée de 14 jours en 1966, c’est à-dire avant l’aménagement du pont-jetée (du 01-02-1966 au 15-02-1966);
  •   reproduction des données mesurées sur les marées pour un cycle de marée de 14 jours en 2003 (du 17-05-2003 au 31-05-2003) et des données sur la salinité et la vitesse du courant (2003).
  • La qualité de l’étalonnage et de la vérification des modèles hydrodynamiques a été mesurée par leur capacité de prédiction des hautes eaux (niveau, heure d’arrivée). Dans cette étude, les valeurs de modélisation pour les prédictions relatives à l’estuaire de la rivière Petitcodiac ont varié de 1 % à 6 % des hauteurs observées et de 1 % à 2 % des heures d’arrivée observées. Ce sont des résultats qui se comparent bien à ceux des études publiées et de nombreuses autres études réalisées par les experts-conseils. Pour ces comparaisons, nous avons respectivement exprimé les différences en proportion de l’amplitude de marée (qui est d’environ 13 m au cap Hopewell et 7 m près de Moncton) et d’un cycle de marée de 745 minutes. Nous considérons comme satisfaisants aux fins de l’EIE (sections 8.1 et 8.2 du rapport de l’EIE) les résultats d’étalonnage et de vérification des modèles hydrodynamiques tant unidimensionnels que bidimensionnels.

    L’étalonnage et la vérification des modèles de transport de sédiments se sont basés sur les événements suivants:

  •   reproduction des changements importants qu’a subis l’estuaire après l’aménagement du pont-jetée de 1966 à 2003 avec une comparaison des valeurs cumulatives, observées et prédites, de volume de marée en 1991 et 2001;
  •   reproduction du remblaiement du réservoir d’amont qui s’est opéré pendant l’ouverture des vannes en 1988;
  •   reproduction du remblaiement saisonnier et de l’érosion consécutive au pont Gunningsville, près du ruisseau Mill et au cap Hopewell (2003);
  •   reproduction des changements importants qu’a connus l’estuaire pendant les années d’aménagement du pont-jetée.
  • L’efficacité relative de l’exercice d’étalonnage et de vérification a été mesurée par la capacité des modèles de transport de sédiments à prévoir les variations d’aire transversale et de volume des eaux et des sédiments en amont d’une section. Il importe que les valeurs d’aire transversale (capacité d’écoulement) concordent étroitement, puisqu’elles influent sur l’écoulement des eaux et le transport des sédiments le long de la rivière (U.S. Army Corps of Engineers, 1993). Les valeurs prédites par les modèles de l’étude de l’estuaire de la rivière Petitcodiac se situent dans une marge de précision de 20 % des valeurs observées. Nous jugeons raisonnable l’exercice d’étalonnage et de vérification des modèles de transport de sédiments en une et deux dimensions compte tenu du type de modèles et, en particulier, de leur application à la prévision de l’évolution physique de l’estuaire à la suite de modifications du pont-jetée. Il faut dire que, dans cet estuaire, on peut observer un marnage et des concentrations de sédiments parmi les plus forts au monde.

    Outre les simulations aux fins de cet étalonnage et de cette vérification, nous avons aussi considéré les scénarios suivants:

  •   évaluation de l’évolution probable de l’estuaire sans modifications pendant la période 2005-2025;
  •   évaluation de l’évolution qu’aurait probablement subie l’estuaire sans aménagement du pont-jetée pendant la période 1966-2003.
  • L’efficacité relative de la modélisation de ces deux scénarios à caractère purement hypothétique a été mesurée par la capacité des modèles à concorder avec l’entendement général de ce que serait l’évolution des 20 prochaines années sans modifications du pont-jetée ou ce qu’aurait été l’évolution probable des 40 dernières années sans le pont-jetée. Les prédictions de modélisation étaient assez bien en accord avec la conception générale.

    Notre étude de la composante de modélisation a démontré que les modèles numériques pouvaient assez bien reproduire les observations et les mesures avant, pendant et après la construction du pont-jetée. On peut donc s’attendre à ce que ceux ci puissent, en complément des observations chronologiques et de l’analyse des tendances, prévoir l’évolution future de façon satisfaisante aux fins de l’EIE en cas de non-modifications du pont-jetée (statu quo) ou de l’implémentation d’une des « options du projet ».

    Nous avons modélisé les quatre scénarios suivants de manière à couvrir toutes les possibilités de l’évolution de l’estuaire associée au statu quo et aux options du projet, selon la description de Niles (2001) et la version définitive des instructions relatives à l’EIE (MEGLNB, 2002). Ces scénarios ne correspondent pas exactement aux options du projet, car celles-ci ont été arrêtées à un stade ultérieur. Nous présentons dans le rapport les liens entre les scénarios de modélisation et les options du projet. Le modèle bidimensionnel de transport de sédiments a servi à étayer les résultats à court terme du modèle unidimensionnel. Nous avons employé ce dernier pour évaluer, selon ces scénarios, la sédimentation et l’érosion à long terme (20 ans) dans l’estuaire de la rivière Petitcodiac:

  •   Scénario 1 : statu quo (scénario de référence);
  •   Scénario 2 : ouverture d’une seule vanne en saison d’eau libre;
  •   Scénario 3 : ouverture des cinq vannes en saison d’eau libre;
  •   Scénario 4 : pont partiel.
  • Nous avons également modélisé la réaction du régime des eaux à des événements hydrologiques extrêmes afin d’évaluer les risques de débordement le long de l’estuaire. Les catégories suivantes d’événements ont été prises en considération dans cette évaluation:

  •   événement hivernal grave de précipitations de pluie et de fonte des neiges avec le rétrécissement du chenal actuel à cause de l’englacement;
  •   événement hivernal extrême de précipitations de pluie et de fonte des neiges avec ce même rétrécissement;
  •   événement automnal extrême de précipitations de pluie;
  •   événement automnal extrême de précipitations de pluie en relation avec un événement orageux (forts vents en provenance de la baie de Fundy et élévation du niveau moyen de la mer selon les prédictions de changement de l’évolution climatique);
  •   débit centennal au pont-jetée dans les conditions actuelles d’eau libre (hors englacement) en relation avec de forts vents de la baie de Fundy et une élévation du niveau moyen de la mer.
  • Le modèle bidimensionnel de transport de sédiments a confirmé les résultats du modèle unidimensionnel à court terme (1 an) dans le cadre des scénarios 1 et 4. Les résultats à long terme de modélisation unidimensionnelle vont dans le sens de la perception générale d’un remblaiement continu du cours d’eau dans le cadre du scénario 1. Bien que paraissant déterminé dans sa largeur par la largeur fixe de l’ouvrage régulateur au pont-jetée, le chenal continuerait, d’après les résultats obtenus, à perdre de son aire transversale à cause de l’élévation du lit, plus particulièrement près de la courbe de Moncton. Dans ces conditions, un plus grand débordement des eaux est à prévoir. Il faut aussi dire que la formation d’un seuil élevé à Moncton pourrait influer directement sur la circulation des eaux et donc sur leur qualité entre le pont-jetée et Moncton.

    Les résultats à long terme dans le cadre du scénario 4 (pont partiel) appuient également la perception générale que le chenal en aval de Dover puisse revenir à ses conditions « avant pont-jetée ». Près de la courbe de Moncton, le chenal s’élargit, car les eaux entailleraient les berges à Outhouse Point. L’explication en est que le prisme de marée s’étendrait plus en amont dans l’estuaire dans un tel scénario. Il reste que le seuil qui s’est formé (par accumulation de sédiments) à Moncton pourrait ne pas disparaître aussi facilement à mesure que s’élargit le cours d’eau. Ce point régulateur subsisterait et aurait plus particulièrement pour effet d’atténuer le mascaret à Moncton. On peut aussi prévoir que les marécages devant le site d’enfouissement du côté de Moncton ne subiraient pas d’érosion dans le cadre du scénario 4. En effet, à l’époque de l’aménagement du pont-jetée (hiver 1967 1968) où on a maintenu une ouverture de 200 m dans le remblai, on observait déjà des dépôts appréciables du côté de Moncton. La rivière ne devrait pas réagir différemment à une ouverture semblable du pont-jetée.

    Les prédictions des événements hydrologiques extrêmes ne révèlent aucun risque de débordement des eaux l’hiver ni en aval ni en amont de l’emplacement actuel du pont-jetée dans le cadre du scénario 3. Il existe un risque dans le cadre du scénario 1. Il y a aussi un risque de débordement en cas de pluies abondantes en automne avec les forts débits qui s’ensuivent. Le danger s’accroît si un événement orageux est aussi présent et, dans ce cas, les eaux pourraient déborder le pont-jetée. Notre étude montre que, par des mesures préventives visant à limiter les effets de débordements par une stratégie optimisée de fonctionnement des vannes et une régulation optimale du niveau des eaux du réservoir d’amont selon la menace d’orage, on pourrait mieux régler le niveau de l’eau dans l’estuaire, à condition toutefois d’agir en temps utile. De même, le scénario 3 paraît avantageux, puisque, sans disparaître, les risques d’inondation diminuent considérablement en amont du pont-jetée.

    Il convient de noter que, dans ces études, la modélisation prévisionnelle se borne à indiquer si les eaux pourraient déborder les berges à la suite d’un certain événement, mais non l’étendue de l’inondation au delà des berges.

    Notre modélisation est jugée acceptable aux fins de l’EIE. Les programmes de collecte de données de terrain et de modélisation numérique ont été réalisés de façon à soutenir l’étude d’impact sur l’environnement, l’évaluation des effets et l’élaboration d’une stratégie d’application pour les options du projet. En ce sens, ils ont largement accru la compréhension de l’hydrodynamique et des caractéristiques de transport de sédiments de la rivière Petitcodiac.

    Nous sommes parvenus à une résolution suffisante à l’analyse des effets grâce à la combinaison de la modélisation numérique et d’autres outils prévisionnels (analyses de tendances, formulations en hydraulique et observations chronologiques). Si les prévisions des caractéristiques du cours d’eau et de son estuaire par modélisation numérique sont exactes par leur convergence avec les données acquises par d’autres méthodes, le degré de précision atteint est celui qui est jugé acceptable pour une analyse d’incidence environnementale. Par contre, les produits de notre modélisation ne sont pas applicables à des situations où une plus grande précision s’impose, dans des études techniques par exemple. Dans de tels cas, il faudrait peut-être pousser les échantillonnages et les analyses pour la description des conditions physiques locales et du comportement de la rivière et de son estuaire ou encore appliquer une méthode de génie civil conservative pour établir les paramètres de conception. Les modèles numériques ne peuvent que nous aider à évaluer et à prévoir les tendances générales de l’évolution du cours d’eau en cas de réalisation des options du projet ou de maintien de la situation actuelle.

    Comme nous le notons dans ce rapport, le régime des eaux est unique et dynamique (macromarées, grandes vitesses d’écoulement et fortes concentrations de matières solides en suspension) dans la rivière Petitcodiac. Nous avons formé diverses hypothèses en vue de caractériser et de simuler le comportement des eaux dans le contexte de l’EIE. Les hypothèses en question ont été jugées satisfaisantes et suffisantes aux fins de l’EIE, mais pour certains aspects on pourrait mener des recherches permettant de mieux définir un certain nombre de paramètres et de mécanismes et les façons possibles d’appréhender certaines caractéristiques physiques dans les modèles numériques. Ces éventuels domaines de recherche pourraient être les suivants:

  •   incidence de la stratification verticale sur l’hydrodynamique et le transport de sédiments, avec l’influence de la turbulence et le rôle des boues liquides;
  •   microaspects comme les effets des vents et des vagues;
  •   mise en correspondance des processus d’érosion des sédiments, d’une part, et du phénomène de l’affaissement des berges par l’érosion et l’affouillement, d’autre part.

  • TABLE DES MATIÈRES

    LISTE DES SIGLES
    LISTE DES UNITÉS MOINS USUELLES (CONVENTION SI)
    DÉFINITIONS
    1.0 INTRODUCTION
    2.0 MODÈLES NUMÉRIQUES
    3.0 MISE EN PLACE DES MODÈLES – REPRÉSENTATION PHYSIQUE DE LA RIVIÈRE PETITCODIAC
    4.0 MISE EN PLACE DES MODÈLES – CONDITIONS AUX FRONTIÈRES
    5.0 ÉTALONNAGE ET VÉRIFICATION DES MODÈLES HYDRODYNAMIQUES
    6.0 ÉTALONNAGE ET VÉRIFICATION DES MODÈLES DE TRANSPORT DE SÉDIMENTS
    7.0 RÉSULTATS DE MODÉLISATION ENTRE LA PÉRIODE ANTÉRIEURE À L’AMÉNAGEMENT DU PONT-JETÉE ET 2005
    8.0 RÉSULTATS DE MODÉLISATION, 2005 À 2025
    9.0 ANALYSE DES TENDANCES
    10.0 ANALYSE DE QUALITÉ DE L’EAU
    11.0 ANALYSE DU RÉGIME DES GLACES
    12.0 ANALYSE DU MASCARET
    13.0 CONCLUSIONS
    DOCUMENTS DE RÉFÉRENCE



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